La transmission dans les arts martiaux: 1ère partie, les bujutsu

Publié le par Tamaki

Différentes transmissions pour différentes pratiques
Nous avons vu dans le dernier numéro que les disciplines martiales japonaises se divisent principalement en trois groupes, les bujutsu (techniques martiales), les budo (voies martiales) et les kakutogi (sports de combats).
Si ces pratiques sont liées les unes aux autres, leurs essences et leurs buts sont très différents. En conséquence leurs enseignements et donc leurs transmissions sont aussi très différents.




La transmission dans les techniques martiales, bujutsu
Les bujutsu ont été créés à une époque où l'éventualité d'une confrontation mortelle était naturelle pour les bushi (guerriers). Ils étaient un outil de survie dont le but était de mettre hors d'état de nuire un adversaire de la manière la plus rapide et la plus efficace. Leur transmission se faisait d'une façon spécifique bien éloignée des conceptions de l'enseignement moderne.

Contrairement aux idées reçues, les sciences exactes étaient déjà bien présentes à l'époque féodale japonaise. Très peu considérées au regard des études morales elles étaient pourtant indispensables aux samouraïs qui s'en servaient dans des domaines aussi variés que l'artillerie, la construction des châteaux, le topographie, l'astronomie, etc… Pourtant l'enseignement des koryu (traditions antiques) n'a jamais été transmis sous un angle "scientifique" et "analytique" tel que ces notions sont communément admises en occident.
Bien entendu les bujutsu ont été créés à partir d'observations, d'analyses, de manière empirique. Mais si un ensemble de formes peut être étudié par l'analyse, ce qui fait leur efficacité ne peut être saisi dans son intégralité que par le ressenti. Le corps humain est une chose incroyablement complexe et l'efficacité d'un geste martial nécessite d'accomplir simultanément ou en décalé, dans des directions opposées ou unies, un nombre d'actions trop important pour que le cerveau puisse les coordonner consciemment. L'étude logique aboutit alors à une impasse dans la pratique, raison pour laquelle elle n'a jamais été utilisée par les bushis pour la transmission d'un enseignement qui leur était vital. Au contraire la transmission traditionnelle était axée sur le ressenti et l'intuition. Méthode d'enseignement parfaitement illustrée par l'expression "i shin den shin", d'âme à âme.

Les japonais qui ont eu une littérature très abondante dès l'époque féodale ont d'ailleurs écrit de nombreux ouvrages sur l'esprit de la pratique mais aucune "méthode". La technique lorsqu'elle était abordée l'étant uniquement sous l'aspect de sensations ou de notions très générales.




Les difficultés de la transmission traditionnelle
La transmission d'un bujutsu implique un temps de pratique considérable dans un enseignement direct. Cela exclut évidemment tout enseignement de masse, hormis éventuellement comme une étape de présélection. C'est pourquoi les ryu authentiques restent aujourd'hui encore très fermés et sélectionnent sévèrement leurs élèves, même s'ils ont parfois une pratique de façade ouverte au public.
Les koryu sont des systèmes d'une sophistication incroyable. Leur transmission pose des difficultés innombrables qui ne font que s'accentuer avec le temps. Manque d'expériences pratiques, manque de temps, manque de personnes intéressées, etc…
De nombreux ryu ont aujourd'hui disparus. Et le nombre de ces écoles tombées dans l'oubli ne cessera d'augmenter car elles sont en décalage total avec notre temps. Parmi les ryu survivant beaucoup ont déjà été amputés au fil de l'histoire de certaines disciplines qu'ils enseignaient. Et parmi ceux qui se perpétuent un grand nombre souffre de la perte des secrets de l'efficacité de leur école. Tout au moins si leurs katas sont parfaitement transmis un pratiquant de génie aura-t-il un jour la possibilité de redécouvrir leurs enseignements profonds.




Un futur incertain
Les véritables bujutsu sont une pratique culturelle anachronique, un enseignement du passé qui n'a plus lieu d'être en soi, excepté en tant que témoignage historique.  Aujourd'hui la plupart des ryu ont délibérément accentué l'esprit du budo et font de leur pratique une sorte d'ascèse spirituelle. Cela préfigure sans doute une transformation inexorable où leur richesse technique risque de disparaître et on peut se poser la question de savoir combien de temps leur pratique authentique survivra…


Une seconde partie abordera la transmission dans les budo et kakutogi.


Publié dans Budo

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thomas 24/10/2008 10:29

Supeeeer ton blog !!!!Je peux te rajouter dans mes liens??

Tamaki 24/10/2008 21:28


Avec plaisir merci.
Et bon courage pour ton blog ;-)

Léo