Ran

Publié le par Léo Tamaki

Titre:              Ran

Réalisateur: Kurosawa Akira

Acteurs:       Nakadai Tatsuya, Terao Akira
 
Durée:           2h40
 
Année:          1985
 
Un tournage sur les pentes du Mont Fuji


Ran est une des dernières œuvres de Kurosawa, et son dernier jidaï geki, film d'époque. Librement inspiré du Roi Lear de Shakespeare et de l'histoire de Mori Motonari, Ran est une fresque grandiose pleine de bruit et de fureur.

 
Une époque cruelle à l'étiquette raffinée

Epoque féodale au Japon, un vieux seigneur, Ichimonji Hidetora, partage ses terres entre ses trois fils. Alors que les deux plus âgés se confondent en témoignages d'affection, le cadet prédit le chaos…

 
Entre No et cinéma

Ran est une œuvre magnifique. Elle ravira tous les amateurs de Kurosawa, jidaï geki, Shakespeare et tout simplement de cinéma. Il faut toutefois noter qu'il ne s'agit pas d'un chambara où les morceaux de bravoures se succèdent dans de spectaculaires duels. Les amateurs de combat purs et durs feront donc mieux de se tourner vers d'autres œuvres de Kurosawa telles que Sanjuro ou le Garde du corps qui seront plus à même de les satisfaire.

 
Au centre Ichimonji Hidetora joué par Nakadai Tatsuya

Le Japon connu la plus longue ère de paix de l'histoire de l'humanité. On oublie pourtant que l'archipel fut le théâtre de combats acharnés. L'esprit de loyauté que les Tokugawa essayèrent de rendre indissociable de l'esprit japonais à leur profit n'avait alors aucunement la faveur des guerriers de l'époque…

Si l'intrigue de Ran ne repose pas sur un fait historique précis mais s'inspire du Roi Lear, sa vraisemblance est plus qu'évidente. Kurosawa s'est aussi inspiré du célèbre Mori Motonari (1497 – 1571) qui réunifia les provinces du sud du Japon. Motonari qui eut une descendance heureuse, à l'inverse de Hidetaro, est aussi à l'origine de la métaphore des trois flèches qui est aussi transformée par Kurosawa dans son intrigue.

Il est dit que Mori en présence de trois de ses fils leur donna à chacun une flèche en leur demandant de la briser, ce qu'ils réussirent tous. Il leur donna alors à chacun trois flèches en faisceau qu'il leur demanda de briser. Aucun n'y parvint et il leur démontra ainsi la force de l'union.

 
Une mise en scène d'une virtuosité extraordinaire dans le découpage des plans

Kurosawa a 75 ans en 82 lorsqu'il débute le tournage de Ran, le même âge que son personnage principal. Ce fil lui aura demandé un travail considérable au point qu'il déclarera même que le magnifique Kagemusha lui servit surtout de répétition et lui permit de travailler sur les costumes!

Ran nécessita dix ans de préparation pendant lesquels Kurosawa peint notamment l'ensemble du storyboard! Il fallut deux ans pour la seule création des costumes, tous cousus à la main. Les décors furent construits en grandeur nature sur les pentes du mont Fuji et le tournage dura huit mois.

Le tournage fut par ailleurs marqué par des tragédies personnelles qui touchèrent Kurosawa. Tout d'abord sa vue qui baissa très gravement peu avant le début des prises de vues. Sa femme ensuite qui décéda durant le tournage.

 
Ran, le tumulte, le chaos!

Ran est un film paradoxal. Paradoxal parce qu'il oscille en permanence entre le réalisme et la métaphore, le jeu naturel et celui issu du théâtre de No. Un sentiment créé par le jeu des acteurs mais aussi par la mise en scène du film. A l'exception d'une scène Ran est notamment tourné uniquement en plan large. Les visages de certains personnages principaux sont d'ailleurs maquillés au point qu'ils ressemblent à des masques, notamment ceux de Hidetaro et de dame Kaede.

 
Des décors grandeur nature

Le jeu de Nakadai Tatsuya est époustouflant. Sa performance physique est époustouflante et ce travail magistral est peut-être uniquement limité par une voix trop puissante pour un vieillard de 70 ans.

 
Une tragédie universelle

Cette fresque épique et grandiose montre si besoin est que le cœur des hommes est le même en Orient ou en Occident, et que le vernis culturel cache les mêmes instincts primaires et les mêmes pulsions bestiales. L'œuvre de Shakespeare résonne dans celle de Kurosawa et elles trouvent un écho en chacun de nous…

Une poésie plastique incroyable




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Arnaud 27/12/2009 05:17



Ran est clairement l'apothéose de la filmographie de Kurosawa, outre les innombrables qualités du film ce qui m'a estomaqué c'est le jeu de Nakadai Tatsuya! J'avais vu le film étant ado et le il
m'avais séduit, j’ai ensuite vu d’autres film merveilleux comme « Le sabre du mal » d’Okamoto, « Samurai Rebellion » toujours d’Okamoto, « Seppuku » le magistrale
film de Kobayashi, Kagemusha et bien d’autres pour la plupart tous avec le Gigantesque Nakadai.


Et j’ai appris qu’il jouais également le seigneur Hidétora de Ran!
Encore une fois il avait réussi a me bluffer ! Passer du « sabre du mal » a « Seppuku » etait
déjà énorme tant il arrivait a modifier entièrement son jeu, à se transformer, mais dans Ran j’ai eu l’impression de voir quelqu’un d’autre, son jeu, sa voix, son attitude, même son regard étaient
différent ! Pour moi cet homme légèrement méconnu en occident mérite sa place avec Toshiro Mifune.



Tamaki 19/01/2010 00:12



Tout à fait d'accord, un géant du cinéma.

Léo



benoit bertin 21/03/2008 23:52

Ce film est grandiose de par son visuel, son jeu de couleurs , son scenario etc...     Le seul point qui peut éventuellement décourager par moments un "public non habitué aux films asiatiques" me semble être certaines periodes de "longueurs/ silence". J'ai trouvé ce film très subtil... et je ne pense pas que les silences fassent office de "coupure pub" qui voudraient reposer le spectateur.... Pour bien tout comprendre, je pense qu'il vaut mieux sans doute le visionner deux trois fois. AmicalementBenoit

Tamaki Léo 23/03/2008 11:31


Oh oui, le silence exprime beaucoup mais il est si rare de nos jours que la pupart des gens ne savent plus l'apprécier ;-) Et comme pour toute grande oeuvre plusieurs visionnages, écoutes, lectures
sont nécessaires... Léo


Renaud 28/08/2007 18:10

L'incendie du château, comme dans un rêve... Incroyable film qui me hante toujours par sa puissance graphique.