Aïkikaï, l’'école de maître Ueshiba

Publié le par Léo Tamaki

 
 

L’Aïkikaï, ce nom porte à lui seul les rêves de centaines de milliers de pratiquants d’Aïkido de par le monde. Poussez les portes de ce lieu mythique chargé d’histoire…

 
 
Le dojo principal de l'Aïkikaï
 
 
 

L’Aïkikaï est l’école fondée par Moriheï Ueshiba, créateur de l’Aïkido, et l’Aïkikaï Hombu dojo en est le siège.

 
 
 
Fondation
 

En 1931 Moriheï Ueshiba à quarante-huit ans. Il est déjà un maître renommé et compte de nombreuses personnalités parmi ses élèves. Il fonde alors le Kobukan dojo, son premier dojo personnel.

 

Le Kobukan est situé à Tokyo, dans le quartier de Shinjuku. A l’époque l’Aïkido n’existe pas encore et maître Ueshiba enseigne le Daïto-ryu Aïkijujutsu. Son art est extrèmement efficace et sa réputation redoutable. Le Kobukan est alors surnommé Jigoku dojo, le dojo de l’enfer…

 
 
 

Les années passent. L’art de maître de Ueshiba évolue et son nom change en parallèle. Il deviendra Aïkibudo puis enfin, en 1942, Aïkido. Le dojo lui continuera à s’appeller Kobukan jusqu’au 1948.

 

Le 9 février 1948 le Zaidan Hojin Aïkikaï est officiellement reconnu. A partir de ce jour cette association développera l’enseignement de maître Ueshiba et le Kobukan en deviendra le siège sous le nom de Aïkikaï Hombu dojo.

 
 
 

Les années passent et la réputation du vénérable maître devient telle qu’il est impossible de continuer à enseigner dans le bâtiment en bois d’origine. En 1967 le premier Hombu dojo que l’on voit dans les premières vidéos du fondateur est donc détruit pour faire place à un nouveau bâtiment qui permettra d’accueillir les élèves toujours plus nombreux.

 
 
 

L’âge d’or de l’Aïkikaï

 

En 1968 le nouveau dojo est inauguré. Cinq étages, une pièce pour Osenseï, des bureaux, des chambres pour les uchi-deshis, des vestiaires modernes (à l’époque), et surtout, trois dojos pour une surface totale de 250 tatamis… le conservatoire de l’Aïkido est né.

 
 
 

On regarde souvent en arrière avec nostalgie et on a parfois tendance à idéaliser un passé et le voir plus plus beau et meilleur qu’il ne l’était en réalité. Cependant je crois que l’on peut dire sans crainte de se tromper que de sa fondation jusqu’au début des années 80 l’Aïkikaï vivra son âge d’or. Sous la direction d’Osenseï d’abord, puis de son successeur Koichi Toheï, et enfin de son fils, Kisshomaru, les plus grands noms de l’Aïkido vont enseigner et s’entraîner au Hombu dojo.

 

Les anciens d’abord qui sont déjà reconnus et possèdent leurs propres écoles tels Gozo Shioda, Kenji Tomiki ou Minoru Mochizuki viendront régulièrement enseigner. Les enseignants réguliers de l’Aïkikaï ensuite, Yamaguchi, Saïto, Tada, Arikawa, Saotome ou Chiba… ont la quarantaine, sont dans la force de l’âge et possèdent déjà tous les fabuleuses techniques qui les rendront célèbres.

 

Sous leur direction seront formés des milliers d’Aïkidokas qui diffuseront leur art dans le monde. Parmi eux les plus célèbres sont aujourd’hui devenus à leur tour des figures de l’Aïkido tels Shimizu, Endo, Tissier, Moriteru Ueshiba, Miyamoto, etc…

 
 
Un conservatoire de l'Aïkido
 


A la découverte de l’Aïkikaï

 

Je suis allé à l’Aïkikaï pour la première fois en mai 1998. Je venais d’arriver au Japon la veille et j’avais le cœur rempli d’attentes. A l’époque internet n’en était qu’à ses balbutiements et je n’avais glané que quelques images au détour de livres d’Aïkido. L’Aïkikaï que j’imaginais alors était en fait un mélange du bâtiment actuel et de l’ancien dojo. En voyant le bâtiment de loin je fus quelque peu déçu… Trop grand, trop moderne pour coller à l’image idéalisée que je m’en étais faite.

 

Mais à mesure que j’approchais je ne pouvais m’empêcher d’être ému à l’idée de pénétrer dans le dojo de Osenseï où tant de maîtres m’avaient précédés. Arrivé devant l’entrée je m’attardais un instant devant le panneau de bois où s’inscrivait en larges caractères dynamiques « Zaidan Hojin Aïkikaï Hombu Dojo » devant lesquels j’avais vu Osenseï poser sur de nombreuses photos…

 
 
L'entrée du Zaïdan Hojin Aïkikaï Hombu Dojo
 

L’inscription
 

Dans l’entrée à droite, l’accueil, à gauche, un bureau. L’inscription est nécessaire pour les personnes ne faisant pas encore partie de l’Aïkikaï. Pour celles qui ont passé leur grade à l’étranger et présentent leur passeport il suffit de régler la cotisation mensuelle.

 

L’inscription au mois pour tous les cours sauf ceux du dimanche est de 70 euros. Le dimanche inclus elle est de 91 euros. Il est aussi possible de s’inscrire à l’Aïkido Academy ou de prendre des cours particuliers.

 

Des cartes postales, vidéos, hakamas et keïkogis sont disponibles à la vente. Bien que l’Aïkikaï vende sa marque sous licence à d’autres fabriquants, seul les produits Iwata sont vendus au Hombu dojo.

 

A l’époque une simple carte avec le nom, le grade et le numéro d’adhérent était remise au pratiquant. Aujourd’hui c’est une carte avec un code barre qui facilite le travail du secrétariat. L’efficacité avant tout.

 
 
 
Le bâtiment
 

Après m’être inscrit je pénètre réellement dans l’Aïkikaï. Je retire mes chaussures et avance dans un petit couloir jusqu’à me retrouver nez à nez avec le portrait sculpté de Moriheï Ueshiba. A ma gauche la pièce qu’il utilisait pour travailler, se reposer ou recevoir…

 
 
Le portrait d'Osenseï
 


En bas des escaliers un panneau d’affichage fournit les nouvelles à côté d’un des six millions de distributeurs de boissons de l’archipel. Vivant encore dans mon fantasme il me paraît incongru et presque sacrilège à quelques mètres de la pièce d’Osenseï. Finalement quelques mois plus tard au cœur de l’été je remercierai ardemment l’être pragmatique et bienveillant qui décida son implantation.

 
 
 

Au premier étage un nouveau panneau d’affichage où sont inscrits les noms des reçus aux passages de grades ou ceux des pratiquants qui ont participé à la totalité des entraînements d’été et d’hiver, shoshu et kan geiko.

 

A droite le premier dojo. Au premier regard je vois qu’il ne s’agit pas du lieu où je vis Osenseï pratiquer en vidéo et ne m’attarde guère. Ici ont lieux les cours pour les débutants, les femmes et les enfants. Les vestiaires des femmes, des bureaux et des toilettes se partagent le reste de l’étage.

 

Aujourd’hui en montant au second on passe devant le portrait sculpté de Ueshiba Kisshomaru. A l’époque le second Doshu bien que très malade était toujours vivant et le mur était encore nu.

 

Arrivé au second je le vois enfin. Le Dojo d’Osenseï. Ses tatamis immaculée, sa calligraphie, l’endroit où il a enseigné, pratiqué…

 

J’avance et pénètre dans le vestiaire des hommes pour me changer rapidement. Une fois en tenue l’excitation est toujours là et je suis véritablement ému et joyeux lorsque je pénètre pour la première fois dans ce dojo mythique.

 

Le dojo est immense. Les tatamis sont blancs et… durs. Très durs en comparaison de ceux que j’ai connus jusqu’alors. C’est un fait que les pratiquants visitant l’Aïkikaï remarquent d’ailleurs très vite. Mais je découvrirai que des tatamis de cette qualité sont très rares, même au Japon. Leur dureté présente en réalité de nombreux avantages. Elle permet d’apprendre à se déplacer correctement à genoux et évite les blessures car la rotule ne s’enfonçant pas elle n’est pas bloquée. Les déplacements peuvent alors se faire sur la pointe du tibia. De plus cela oblige à chuter correctement en se relaxant.

 
 
 

Une immense calligraphie d’Osenseï remplit le cœur du kamiza. Elle est surplombée par un portrait du fondateur. Aujourd’hui un portrait du second Doshu a été ajouté à sa droite.

 

Le dojo est très clair grâce aux nombreuses fenètres qui l’entourent. Ajouté aux murs et aux tatamis blancs le tout donne une agréable sensation d’espace et de sérénité.

 

Dans ce dojo de 105 tatamis ont lieu les cours tous niveaux, les stages, les passages de grades et tous les évènements importants.

 
 
 

Au troisième étage se trouvent les petites chambres des uchi-deshis, une pièce pour laisser son keïkogi et son hakama, une terrasse, des toilettes et un troisième dojo dans lequel ont lieux les cours de l’Aïkido Academy ainsi que certains cours particuliers.

 

Dans la pièce où sont entreposés les tenues reposent des haltères qui doivent dater des années soixante et un makiwara, un poteau de frappe généralement utilisé en Karaté…

 
 
 

Le dernier étage abrite une autre pièce destinée à laisser son keïkogi et son hakama. C’est un endroit très pratique car les salarymen ne peuvent pas toujours repartir avec leur tenue. Mais l’odeur du lieu est pour le moins assez désagréable.

 

Certains abusent d’ailleurs de cette pratique et je me rappelle de pratiquants passant un coup de désodorant sur leur vestes jaunies avant d’entrer sur le tatami.

 

Le 5ème étage...

 
 
 
Les cours
 

L’Aïkikaï ouvre ses portes le matin à 6h et les ferme le soir à 21h. Les cours ont lieu tous les jours de la semaine. Du lundi au samedi cinq cours par jour ont lieu dans le dojo principal et deux ou trois dans le dojo du premier étage. Le dimanche deux cours ont lieu dans le dojo principal et un pour les débutants au troisième.

 

Il existe des cours pour les débutants, des cours tous niveaux, des cours enfants, d’autres réservés aux femmes et enfin l’Aïkido Academy où un nombre limité d’élèves suit deux cours d’une heure et demie par semaine pendant cinq mois.

 

Si l’Aïkikaï liste trente-deux enseignants en réalité seul une vingtaine assure réellement les cours. Dans chaque dojo un panneau de bois avec des plaquettes calligraphiées donne le nom des professeurs enseignant chaque jour ainsi que les horaires de leurs cours. Les plaquettes des anciens tels que Sasaki senseï ou Watanabe senseï sont d’un brun sombre patiné par le temps tandis que les plus jeunes tels Sugawara senseï ont des plaquettes encore toutes claires.

 
 
 
Le Doshu
 

Le Doshu enseigne tous les matins à 6h30 du lundi au samedi ainsi que le vendredi soir et le dimanche en fin de matinée. Repassant inlassablement les techniques fondamentales il est la référence technique. Cela n’est évidemment pas une question de niveau car on ne peut imaginer que des maîtres tels que Tada senseï qui commença l’Aïkido avant sa naissance aient quoi que ce soit à apprendre de lui. Mais l’Aïkido fonctionne selon le système Iemoto et le Doshu est un symbole qui unit les pratiquants.

 

Ici comme ailleurs chaque maître possède son propre Aïkido. Le rôle du Doshu est difficile car contrairement aux autres il ne doit pas se laisser aller à une interprétation personnelle mais doit présenter une technique la plus neutre possible qui puisse représenter une sorte de standard.

 

Les cours du Doshu sont parmi les plus suivis. Chaque matin environ soixante-dix à quatre-vingt pratiquants viennent s’entraîner sous sa direction. Etant donné qu’en semaine son cours débute à 6h30 cela implique que beaucoup d’élèves auront dû se lever à 4h30 ou 5h pour être présents.

 
 
Le Doshu Ueshiba Moriteru
 


Les maîtres de l’Aïkikaï

 

Pendant les premiers mois que j’ai passés à l’Aïkikaï j’ai suivi le maximum de cours possible, enchaînant entraînements après entraînements dès que le temps me le permettait. Cela m’a permis de découvrir différentes approches de l’Aïkido et c’était une période très intéressante où j’emmagasinais le maximum de formes techniques.

 

Mais le temps passant j’ai peu à peu sélectionné les enseignants dont la pratique m’intéressait le plus et fait en sorte d’assister à leurs cours en priorité. Pour moi il s’agisait des maîtres Tada, Masuda, Sasaki et Osawa.

 
 
 

La pratique des différents maîtres est rarement antagoniste même si elle peut parfois être très différente vue de l’extérieur. Mais il faut comprendre que les enseignants voient des milliers d’élèves passer chaque année. Et à moins de voir vos efforts se traduire en termes concrets d’attention et d’assiduité il est malheureusement peu probable qu’ils s’intéressent à vous, vous classant généralement dans la catégorie des « touristes martiaux ».

 

Il est important pour le pratiquant sincèrement intéressé par le travail d’un maître de participer à chacun de ses cours, et au bout d’un certain temps de lui demander l’autorisation de venir pratiquer dans les autres Dojos où il enseigne. Ce n’est qu’ainsi, à force de persévérance et de patience que les portes d’un véritable enseignement peuvent s’ouvrir.

 
 
 

La situation pour un visiteur qui ne vient passer que quelques semaines est différente et il vaut mieux, comme pour les nouveaux arrivants, qu’il pratique avec le maximum d’enseignants différents.

 

La seule manière de pouvoir bénéficier d’une attention particulière dans un laps de temps limité est le shokaï, l’introduction. Généralement sous la forme d’une lettre manuscrite, le shokaï d’une personne bien introduite peut vous ouvrir des portes inespérées.

 
 
 
Les grands anciens
 

Lorsque je suis arrivé à l’Aïkikaï beaucoup de géants y enseignaient encore, Tada, Arikawa, Ichihashi… Aujourd’hui Arikawa senseï et Ichihashi senseï sont décédés, et Tada senseï n’enseigne plus à l’Aïkikaï que sous la forme d’un stage annuel.

 

Mais Watanabe, Sasaki et Masuda qui sont tous des élèves directs d’Osenseï continuent à enseigner et transmettre leur art.

 
 
 
Les seniors
 

Les seniors dont certains ont aussi pratiqué sous la direction du fondateur forment aujourd’hui le groupe principal des instructeurs. Ce sont Endo, Yasuno, Seki, Miyamoto, Osawa… Viennent ensuite les jeunes instructeurs et enfin les uchi-deshis.

 
 
 
Un cours
 

Tous les cours réguliers durent une heure. Selon les enseignants ils peuvent comprendre ou pas un échauffement et l’on peut soit pratiquer avec le même partenaire durant tout le cours soit en changer à chaque technique…

 

Dans tous les cas tous les cours sont suivis d’un nettoyage du dojo auquel participent tous les élèves.

 
 
 

Le « style » Aïkikaï

 

Il existe souvent à l’étranger un mythe qui consiste à parler d’un style Aïkikaï. S’il est vrai que les différences sont sans doute moins marquées qu’entre les maîtres Toheï, Yamaguchi, Saïto, Tada ou Arikawa, les pratiques des instructeurs actuels du Hombu sont tout de même très différentes.

 

Les Aïkido de Sasaki senseï, Yokota senseï ou Endo senseï sont par exemple très éloignés les uns des autres. Dans l’avenir ces différences s’estomperont sans doute et la pratique de l’Aïkikaï plus uniformisée ne désignera-t-elle sans doute qu’un seul type de travail mais c’est encore loin d’être le cas et c’est probablement un de ses principaux intérêts.

 
 
 
Uchi-deshis
 

Trois ou quatre uchi-deshis vivent en permanence au Hombu dojo. Pratiquant plusieurs heures par jour pendant plusieurs années ils sont destinées à être les futurs cadres de l’Aïkikaï. Ils assistent à un minimum de trois cours par jour, s’occupent des tâches ménagères, de formalités administratives, et donnent les cours enfants.

 
 
 

Les évènements

 

De nombreux évènements rythment la vie du dojo tout au long de l’année. Du kagami biraki à l’anniversaire de la mort du fondateur en passant par etsunen geiko et les deux entraînements intensifs d’été et d’hiver, shochu geiko et kan geiko. On dit au Japon que celui qui fait l’entraînement d’hiver deviendra « tsuyoi », fort, et celui qui fait l’entraînement d’été deviendra « jozu », bon.

 

Ces évènements déplacent des foules considérables et il n’est pas rare de « pratiquer » à plus de deux cent dans le dojo principal lorsqu’ils ont lieu.

 
 
Etsunen geiko
 


Un confort sommaire

 

L’Aïkikaï n’est pas chauffé pendant l’hiver et il n’y a pas d’air conditionné l’été. La pratique se faisant généralement fenêtres ouvertes les conditions peuvent parfois devenir très difficiles…

 

L’hiver à 6h du matin lorsque les fenêtres sont ouvertes on peut passer un cours entier avec les orteils gelés sans que la pratique ne les réchauffe et les tatamis semblent alors plus durs que du ciment.

 

L’été en revanche la chaleur et l’humidité sont tels que l’on peut perdre plusieurs kilos lors d’un entraînement intense.

 

Il n’y a pas non plus d’eau chaude dans les douches. Ce qui est parfaitement supportable l’été devient alors une véritable épreuve chaque matin d’hiver…

 
 
 

Les passages de grades

 

Des passages de grades ont lieu chaque mois excepté en janvier et août. Il se déroulent les premiers dimanches et lundis du mois. Les kyus peuvent être présentés à chaque session tandis que les dans se présentent à peu près une session sur deux.

 

Afin de se présenter à un examen un candidat doit avoir comptabilisé un certain nombre de cours selon le grade présenté. Le deuxième dan peut par exemple être présenté 1 an après le premier dan si l’on totalise plus de 200 jours de pratique effective.

 

Quelques jours avant le passage le candidat s’inscrit et doit rédiger un essai sur un sujet libre ou imposé, selon son grade.

 

Le jour de l’examen un examinateur principal est assisté par un second examinateur tandis qu’un uchi-deshi s’occupe des détails de mise en place.

 

Tous les candidats appelés se placent en ligne par ordre de niveau. Les élèves passent ensuite leurs grades par groupes. Tous les 6ème kyus d’abord, puis les 5ème et ainsi de suite juqu’au 4ème dan qui est le dernier grade à donner lieu à un examen.

 

Une des difficultés est que plus on passe un grade élevé, plus on passe de temps en seïza. Cela peut durer plusieurs heures et il est vital dans ce cas d’aller attaquer autant que possible les examinés qui n’ont pas de partenaires afin de faire circuler le sang dans les jambes sous peine de s’écrouler lorsqu’on sera appelé…

 
 
 

Il y a quelques années Okumura senseï, 9ème dan, dirigeait les examens. Il fut ensuite remplacé par Ichihashi senseï puis Endo senseï. Toutefois quel que soit le maître dirigeant la session l’importance n’est pas donné à la forme mais au fond.

 
 
 

Un grade peut être décerné pour de nombreuses raisons au Japon et c’est un fait qui est malheureusement mal compris en Occident. Voici quelques motifs qui peuvent valoir l’obtention d’un grade. Cette liste n’est pas exhaustive et les raisons peuvent se cumuler.

 

Un élève peut se voir décerner un grade parce qu’il est l’ami d’un senseï, parce qu’il est une personnalité du monde politique, des affaires ou du show business, parce qu’il est assidu, parce qu’il fait d’importantes contributions financières ou… parce qu’il est bon.

 
 
 

Un haut grade n’est donc pas nécessairement synonyme d’une grande compétence. Raison pour laquelle sans doute le système des grades n’existait pas lorsque les gens combattaient réellement sur un champ de bataille…

 

Cela dit il faut bien admettre que la France n’échappe pas réellement à ce sytème non plus.

 
 
 

Les pratiquants

 

Lors de mes premiers cours au Hombu je fus atterré par le niveau des pratiquants. Je m’attendais à trouver un groupe de pratiquants d’élite dévoués corps et âme à un entraînement austère et je me retrouvais face à des pratiquants… normaux.

 

Il y a bien sûr quelques pratiquants qui sortent du lot. Mais la majorité des élèves ne sont ni meilleurs ni moins bons que ceux de la plupart des dojos français. Certains viennent pratiquer parce qu’ils habitent à côté, d’autres pour entretenir leur condition physique, d’autres pour socialiser, d’autres pour apprendre à se défendre… comme dans tous les dojos.

 

Une différence toutefois est que de plus en plus d’élèves étrangers viennent pratiquer à l’Aïkikaï. Il y à dix ans ils représentaient selon les cours de 0 à 15% des élèves. Aujourd’hui ils représentent 10 à 60% des pratiquants selon les enseignants. Cela peut manquer d’exotisme dans un certain sens mais cela permet de ne pas rencontrer que des japonais mais des élèves de tous pays passionnés d’Aïkido.

 
 
 

Le travail des armes à l’Aïkikaï

 

Beaucoup de polémiques sont nées quand à l’absence de travail des armes à l’Aïkikaï. Est-ce dû à un malentendu comme le pense Toshiro Suga ? Est-ce parce que la pratique des armes n’est pas indispensable à la pratique de l’Aïkido comme le suggère Christian Tissier ? Est-ce parce qu’il n’y a ni assez de place ni de temps comme André Nocquet rapporte qu’Osenseï le lui confia ?

 

Quoi qu’il en soit le fait est qu’aujourd’hui les armes ne sont pas enseignées spécifiquement à l’Aïkikaï. Certains maîtres comme Yokota senseï utilisent régulièrement les armes comme support de lors de leurs explications. D’autres comme Masuda senseï font régulièrement pratiquer le tanto dori. Mais cela s’arrête là.

 

Toutefois un ratelier comportant plusieurs jos, bokkens et suburitos est placé dans le dojo principal pour les élèves qui désirent pratiquer les techniques de désarmement qui sont demandées lors des passages de grades. Les élèves intéressés devront soit pratiquer dans le dojo particulier d’un maître qui enseigne aussi le travail des armes, soit pratiquer une autre discipline en plus de l’Aïkido.

 
 
 

L’intérêt de pratiquer au Hombu dojo

 

Pratiquer au Honbu dojo n’est plus indispensable comme par le passé car aujourd’hui de nombreux experts enseignent à travers le monde et les instructeurs qualifiés sont de plus en plus nombreux.

 

Mais cela reste une expérience très intéressante dans la mesure où l’on ne trouve nulle part aileurs dans le monde de dojo proposant autant de cours avec autant d’experts de haut niveau. La variété des enseignements proposés permet de plus d’enrichir son approche et d’approfondir sa compréhension de l’Aïkido.

 
 
 

Un conservatoire de l’Aïkido

 

A part l’enseignement des armes un autre sujet de polémique récurrent tient à l’enseignement de l’Aïkikaï qui ne reflèterait pas l’Aïkido pur et authentique de maître Ueshiba…

 

Le problème est alors de définir ce qu’est l’Aïkido pur et authentique. La tâche me semble impossible et force est de constater que les élèves les plus éminents de maître Ueshiba ont des pratiques extrèmement variées. Qu’ils aient fait ou fassent partie de l’Aïkikaï comme les maîtres Nishio, Saïto, Hikitsuchi, Yamaguchi, Arikawa, Tada ou Tamura, ou qu’ils aient fondé leur propre école comme les maîtres Tomiki, Shioda, Mochizuki et Toheï, la pratique d’aucun de ces maîtres ne ressemble à celle d’un autre, et aucune n’est la réplique exacte de maître Ueshiba. Pas même celles de son fils Kisshomaru ou de son petit-fils Moriteru…

 

Maître Ueshiba était probablement l’un des plus grands génies des arts martiaux. L’une des forces de la discipline qu’il a crée, mais qui peut se transformer en faiblesse si elle est utilisé par des pratiquants au niveau insuffisant, est la liberté. Osenseï a libéré les voies martiales et n’a jamais limité sa pratique, épurant sans cesse son Aïkido et laissant à ses élèves le soin de trouver leur interprétation de son art.

 
 
 

L’Aïkikaï est un conservatoire de l’Aïkido ou de nombreux maîtres viennent livrer et proposer le résultat de leurs recherches. A chacun ensuite de faire son choix.

 
 
 

Le centre mondial de l’Aïkido

 

Aujourd’hui encore l’Aïkikaï Hombu dojo est l’école du siège de l’association Aïkikaï, la plus importante organisation d’Aïkido dans le monde comptant des milliers de dojos affilliés. Le bâtiment qui se dresse à côté de la maison du Doshu est à un étage près semblable à celui qu’ont connu Osenseï et tous ses élèves.

 
 
 

Il y a longtemps que ma vision idéalisée s’est confrontée à la réalité. L’Aïkikaï n’est pas un repaire caché où un groupe de spartiates s’entraîne aux techniques secrètes léguées par le fondateur de l’Aïkido. Ce n’est pas non plus une usine sans âme où l’on n’enseigne plus qu’un succédanné d’Aïkido à des pratiquants indignes de ce nom.

 

L’Aïkikaï est la plus grande école d’Aïkido du monde d’où le fondateur a voulu faire rayonner son œuvre. Comme presque tout en ce monde l’Aïkikaï révèlera ses richesses à celui qui est ouvert et restera fermé à celui qui ne sait voir. On peut y apprendre beaucoup comme y perdre son temps, cela ne dépend que de nous.

 
 
Ueshiba Moriheï à l'Aïkikaï
 


Au final que l’on vienne y étudier quelque temps où que l’on continue à pratiquer dans son dojo en ayant au fond de soi l’image d’un Dojo mythique qui nous motive, l’Aïkikaï aura rempli son rôle, participer au développement de l’art de Moriheï Ueshiba, l’Aïkido.

 
 
 
Le site de l’Aïkikaï Hombu Dojo :
 
 
 
 
 
 

Publié dans Aïkido

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