Budo et cinéma: l’'imagerie populaire dans la compréhension des arts martiaux

Publié le par Léo Tamaki

Nous vivons dans un monde où les images et les informations nous assaillent de tous côtés. Films, publicités, musiques, font partie de notre quotidien. Et à mesure que ces informations se "répandent", elles lissent et homogénéisent notre culture et nos références. Est-ce un bien ou un mal pour nos sociétés, échapperons-nous à une uniformisation réductrice, l’avenir nous le dira. En attendant examinons le problème dans le domaine qui nous intéresse, à savoir les Voies martiales.


Sylvester Stalonne dans Rocky Balboa


De Moscou à New York et de Tokyo à Paris chacun connaît Levi’s, Coca, Michael Jackson et Arnold Schwarzennegger. Et beaucoup ont vu ou entrevu des films d’action, généralement américains.
La mise en scène des combats dans les films hollywoodiens a évoluée. Dans la manière de filmer d’abord. Nous sommes passés des plans longs et larges à des séquences de plus en plus courtes, hachées au montage. Dans le répertoire technique utilisé ensuite. Si les westerns montraient des bagarres de saloons à coup de poings, aujourd'hui les héros pratiquent un éventail très riche d’arts martiaux, de l’Aïkido au Taekwondo en passant par le Kung-fu et le Close combat.


Cow-boys en action


Mais la représentation de fond n’a pas réellement évolué. Les combats ressemblent à une partie de ping pong. L’un attaque, l’autre esquive, pare, ou prend le coup. Et on recommence, généralement en alternant les rôles. Les coups sont amples et larges. Ils sont assénés avec une puissance puisée dans la tension musculaire.


Tony Jaa


Voilà globalement à quoi ressemblent les combats de cinéma. Et si certains héros de films d’action ont eu le bienfait d’amener de nombreux pratiquants dans les salles, ils les ont malheureusement envoyés avec ces images éronnées d'efficacité à l'esprit. A tel point que la pratique en a été complètement transformée et que l’on pourrait croire que ce sont les films qui inspirent l’enseignement…


Steven Seagal


Le rythme des techniques a été si profondément modifié que les enchaînements n’ont souvent plus aucun sens et aucune efficacité réelle contre un pratiquant connaissant le véritable sens du travail.
Alors que la pratique traditionelle repose sur l'économie d'énergie l’éxécution des techniques aujourd'hui ne peut plus être conçue sans une débauche d’énergie et de tensions, une explosion de puissance. Alors que les gestes des véritables maîtres tendent à devenir "invisibles" ceux des "experts" actuels sont si démonstratifs qu'on croirait qu'ils s'adressent à une audience de spectateurs…


Jeu vidéo "Tekken"


Il est très difficile d’échapper aux stéréotypes et de comprendre que les combats de cinéma sont, à de très rares exceptions près, l’exact opposé de l’efficacité réelle. Plus un geste est invisible et éxécuté sans efforts ni tensions, plus il est efficace.
Il suffit de regarder deux chats se battre. Ils n’attaquent pas chacun à leur tour, n’encaissent pas, ne font pas de grands gestes, ne se contractent pas. Et pourtant ils n’agissent qu’à l’instinct. Pourquoi les hommes auraient-ils affinés des techniques pendant des siècles pour arriver à un résultat inférieur…


Jean-Claude van Damme


Assister à des compétitons de Judo montre à quel point la pratique a changée. Il y a évidemment des gestes techniques fabuleux démontrant un opportunisme qui n’est pas sans rappeller le go no sen. Mais c’est généralement une débauche de puissance et de tension où l’on attaque à tour de rôle. Quelle différence avec le Judo de Kyuzo Mifune, ce grand maître qui resta efficace jusqu’à sa mort contre des adversaires beaucup plus jeunes, grands, et vigoureux. Chose impossible pour tout Judoka actuel…
Et il en est malheureusement de même pour la pratique de l’Aïkido. Un pratiquant attaque, généralement de manière suicidaire, puis attend que son partenaire fasse sa technique, le plus souvent avec la plus grande amplitude et le maximum de puissance possible.


Jet Li dans "Roméo doit mourir"


Aujourd’hui où, heureusement, le fait de se battre pour sa vie est de plus en plus rare, le risque est de tomber dans une pratique stéréotypée inspirée par les seules références que sont les combats de films.
Il n’est évidemment pas souhaitable de vivre des situations à la frontière de la Vie et de la Mort. Mais il est précieux pour les pratiquants de se reposer sur l’expérience de ceux qui ont vécu ce genre de situations et sur ceux qui loin de l’imagerie populaire transmettent un art pur dont ils ont la compréhension. Ce sont malheureusement souvent des pratiques peu spectaculaires à l’œil non éxercé et il est à craindre qu’elles tombent petit à petit dans l’oubli…


Bruce Lee dans "Le Jeu de la Mort"


Publié dans Budo

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Furansuzen 13/01/2008 00:29

Pour nous occidentaux, les arts martiaux ne font pas partie de notre culture. Nous sommes éblouis par les techniques utilisées dans les films d'arts martiaux et cela peut donner envie à bon nombre d'entre nous d'en pratiquer un. C'est vrai que c'est du "tape à l'oeil". Mais c'est quand même un début. La pratique se révèle plus sobre et seuls ceux qui ont vraiment compris l'esprit du Budo persévèrent, une sélection s'opère.  Mais il en reste toujours quelques-uns : l'Elite...

Léo Tamaki 14/01/2008 18:26

Je crois qu'ils étaient surtout pratiqués dans un autre esprit et surtout qu'ils ont disparu depuis longtemps même si'l existe d'intéressantes tentatives de retrouver les anciennes formes occidentales.C'est vrai que le cinéma amène beaucoup de gens à pratiquer. Malheureusement avec le temps j'en suis venu à me demander si la contrepartie que j'évoque dans l'article fait que le jeu en vaut la chandelle...

Mad 06/11/2007 01:06

Rien à redire... Le message est clair, limpide, net et totalement vrai.

Tsubaki 06/11/2007 11:50

Merci ;-)Léo