Sakura, hanami et Tsukahara Bokuden

Publié le par Léo Tamaki

Le sakura est le cerisier japonais et par extension la fleur de cerisier. Symbole du Japon sa floraison est un évènement national d’une ampleur qu’on à peine à imaginer de l’étranger…



Sakura

Sakura


Il existe de très nombreuses variétés de sakura. Certaines sont si rares qu’elles ne poussent que dans un seul endroit au monde. Je me souviens par exemple d’une variété magnifique qui ne pousse que dans un seul temple, à Kyoto, et qui est considérée comme un véritable trésor…


Contrairement à l’idée reçue la sakura n’est pas la fleur nationale japonaise. Non plus d’ailleurs que le chrysantème qui est le symbole de la famille impériale. En réalité le Japon n’a pas de fleur nationale officielle. Nul doute pourtant que la sakura est la fleur la plus appréciée des japonais.

Tsurugaoka Hachiman-gu


Emportées par le vent quelques jours à peine après avoir éclos les sakuras sont une métaphore de la fragilité et de l’impermanence de la vie.
Leur élégance et leur délicate beauté sont depuis longtemps une source d’inspiration très forte pour les japonais. Elles sont présentes autant dans les œuvres artistiques pures que dans les objets de la vie quotidienne dont l’aspect esthétique est rarement négligé au Japon. On les retrouve donc bien sûr dans l’art pictural ou musical, mais aussi sur les éventails, les kimonos, la vaisselle...
De très nombreuses enseignes commerciales utilisent par ailleurs le nom sakura dont la plus importante est une marque de papeterie.

Tokei-ji

Le Japon s’étend en longueur sur plusieurs milliers de kilomètres et possède des climats extrèmement diffèrents selon les régions. Les cerisiers fleurissent donc dans l’archipel en remontant du sud vers le nord pendant environ trois mois.
Pendant le pic de la période de floraison, lorsque les sakura éclosent dans l’île principale de Honshu, vers mars avril, les médias japonais suivent chaque jour l’avancée de la ligne de floraison des cerisiers, la sakura zensen.
Plusieurs minutes quotidiennes sont ainsi consacrées lors du journal télévisé à des reportages montrant cette avancée et donnant des conseils sur les lieux les plus beaux pour admirer cette vague de beauté. La conséquence en est malheureusement que les endroits les plus connus sont généralement noirs de monde…


Temple Gojo Tenjin, dédié aux dieux de la médecine et de l'étude

 

Hanami


Aller admirer les cerisiers est une activité appelée hanami, voir les fleurs. Issu d’anciennes pratiques religieuses le hanami était pratiqué par les nobles et les guerriers depuis le 8ème  siècle. Aujourd’hui il est pour ainsi dire pratiqué par tous les japonais et se décline sous de nombreuses formes.
Certains voyagent jusqu’à un lieu réputé tel que Kyoto dont les nombreux jardins de temple et le tetsugaku no michi, célèbre promenade appelée « le chemin de la philosophie », offrent un cadre splendide aux cerisiers. La difficulté de s’absenter fait toutefois que cette option est généralement réservée aux très nombreux retraités de l’archipel. D’autres optent pour de simples promenades comme dans le parc de Ueno ou le jardin Shinjuku gyoen à Tokyo.
La majorité enfin pique-nique sous les cerisiers en compagnie d’amis, de collégues ou en famille. Le temps étant généralement clément à cette saison les emplacements dans les parcs sont littéralement pris d’assaut les week-ends et les soirs de semaine. A tel point que très souvent un kohai, junior, est souvent envoyé dès le matin par les entreprises afin de déployer une de ces immenses bâches à pique-nique en plastique bleue et de garder un emplacement de choix jusqu’au soir pour ses collègues. La vision de ces jeunes gens en costume cravate assis timidement toute la journée et n’osant se relaxer est d’ailleurs un spectacle à la fois drôle et touchant.
Le hanami est l’occasion de relâcher la pression et de faire la fête. Et les pique-niques qui commencent paisiblement à l’ombre des cerisiers se terminent souvent en fêtes endiablées à mesure que coûlent la bière et le saké… et la nuit tombée les karaokés improvisés se multiplient dans une ambiance bon enfant.

Parc de Ueno à Tokyo

Les cerisiers sont omniprésents au Japon, du nord au sud, devant les batiments publics ou privés, dans les écoles ou les maisons individuelles. Leur floraison est un plaisir simple qui se goûte au détour d’une allée aussi bien que le long des rivières ou dans les jardins des temples.

Phénix et sakura


Le sakura a toujours été lié aux samouraïs dont la vie était aussi fragile que celle de ces fleurs. Aujourd’hui les pratiquants d’arts martiaux dans leur identification à la figure du bushi, guerrier, perpétuent souvent cet attachement particulier à la fleur de cerisier et on retrouve notamment ce symbole sur des étuis d’armes ou des gardes de sabre.


Sakura au Byodo-in


Tsukahara Bokuden

Je terminerai avec cette histoire célèbre mettant en scène Tsukahara Bokuden, l’un des plus grands samouraïs du Japon, qui m’a été racontée par Toshiro Suga.


Himeji et sakura


Le seigneur de Kashima avait organisé un hanami et de nombreux nobles, courtisans et guerriers étaient réunis sous les cerisiers en fleurs. Parmi eux Tsukahara Bokuden et Okamoto Toshinao.
Toshinao était le fils de Okamoto Mikawabo, célèbre bretteur qui avait été battu par Bokuden en combat singulier. Depuis son fils ruminait sa rancœur et guettait une occasion propice pour se venger.


Okamoto Toshinao était originaire de la capitale de l’époque, Kyoto, réputée pour son raffinement. En comparaison Kashima faisait figure de campagne et ses habitants enviaient le raffinement des kyotoïtes.
Une très jolie femme, curieuse des coutumes de la capitale, demanda à Toshinao : « Que fait-on à Kyoto lors des fêtes de l’éclosion des cerisiers ? »


Ueno Tosho-gu


Toshinao dégaina son sabre, poussa un kiaï sonore, saisit et coupa en sautant une branche située à plus de trois mètres de hauteur !
Il atterit sous une pluie de pétales et tendit de sa main gauche la branche qu’il avait coupée à la beauté.
L’assistance était stupéfaite par l’élégance de son geste.

Le seigneur de Kashima, Yoshimoto, demanda à Tsukahara Bokuden s’il se sentait capable d’égaler pareille prouesse.
Bokuden se dirigea vers le cerisier dont Okamoto avait tranché une branche. Il poussa un kiaï sourd, et sauta en dégainant son wakisashi.
Il atterit légèrement près de l’arbre, une branche dans la main gauche sans qu’un seul pétale ne soit tombé…


Kencho-ji

Certains nobles et courtisans peu versés dans les arts du combats apprécièrent le geste sans en comprendre toute la portée mais les samouraïs s’exclamèrent d’admiration.

Le daïto ou sabre long et le wakisashi ou sabre court ont généralement 30 cm de longueur de différence. Bokuden sauta donc non seulement plus haut mais surtout sa coupe fut si parfaite qu’il n’y eut aucun choc et que pas un pétale ne tomba…


Publié dans Japon

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Shotokan 07/05/2008 10:36

Oui très bel article et surtout très bien illustré. De belles photos.Le sakura est vraiment une fleur magnifique et poétique. J'en ai d'ailleurs plantés 4 dans mon jardin. Ils sont certes encore de petites tailles mais ils m'ont fait de très belles fleurs.On s'en faisait un plaisir avec ma femme à les contempler tous les jours lors de leur floraison. Un peu notre Hanami à nous :-)Amicalement

Tamaki 09/05/2008 18:33



Merci :D

Bons hanamis à venir...

Amicalement,

Léo




Seïko 06/05/2008 18:20

Très bel article qui m'a appris plein de chose sur ma fleur préférée!Merci beaucoup!

Tamaki 06/05/2008 20:29


Merci Seïko,

Léo